L’écriture est le point de départ, un besoin depuis l’enfance de déverser tout ce qui s’entassait à l’intérieur. Un espace où se mélangent principalement la peur et l’amour, deux forces qui traversent l’ensemble de mes projets. La découverte de la photographie m’est proposée en 2023, environ 20 ans après le début de l’écriture. Elle vient mettre en forme la pensée, donnant l’équilibre à mon processus.

Je travaille en une seule prise sur le boîtier, souvent sur trépied et principalement en longue exposition. Le mouvement de l’appareil fait partie du geste. Il m’arrive de le déplacer volontairement pendant la prise de vue, comme si je peignais directement le capteur de l’appareil avec ce qui m’entoure. La lumière s’accumule, se répète, se déforme. Certaines zones se surexposent, d’autres disparaissent presque. Une image se construit sans que tout soit décidé.

Je recherche des images imparfaites, parfois bancales, qui s’éloignent d’une représentation objective, où tout ne se donne pas immédiatement tant elles restent ouvertes. Des images qui demandent un temps d’appropriation, où le regard circule, hésite, complète. Dans ces photographies, le flou, la superposition, les zones d’ombre ou la surexposition font partie intégrante de la démarche. Elles laissent supposer plus qu’elles n’affirment. Un résultat ne cherchant pas à décrire le réel, mais à s’en détacher. Ce qui m’importe n’est pas l’instant figé, mais ce qui traverse l’objectif et se superpose.

Mon travail photographique repose sur une réflexion autour de la couche alpha et la couche de luminance qui correspond à la transparence et la luminance de l’image. La photographie se construit par accumulation de lumière, notamment lors de prises de vue en longue exposition. Certaines zones deviennent plus denses, d’autres plus légères, presque effacées. Cette répartition de la lumière crée des espaces de lecture différents au sein d’une même image. Ces deux couches déforment l’image en variant le visible et l’invisible. La luminance  et la transparence deviennent alors un outil de construction de l’image, au même titre que le cadrage ou le mouvement.

Les images sont réalisées en une seule prise, sans assemblage ni superposition d’images. Je n’utilise pas Photoshop et je n’ajoute aucun calque, motif ou fusion d’images lors du traitement. Le travail en postproduction est effectué exclusivement sur Lightroom, dans une logique de développement et d’interprétation de la prise de vue initiale, sans altérer sa structure. Les textes, comme les images, sont issus d’un processus de création personnel sans recours à l’intelligence artificielle, où chaque étape, de la prise de vue à l’écriture, repose sur le geste, le temps et l’expérience.

L’écriture d’encre est au cœur de mon travail. Elle précède l’image. J’écris  souvent sans m’arrêter pour que la suite ne soit pas réfléchie, pour laisser passer ce qui traverse. La photographie vient ensuite, non pour illustrer, mais pour mettre en lumière un monde intérieur. Je préfère partir du dedans pour aller vers le dehors, ressentir avant de voir.

Photographie et écriture se complètent ainsi autour de notions communes : le temps, le mouvement, la mémoire, la peur, l’amour. Le temps qui s’étire et se superpose. La mémoire qui efface le détail et ne retient que ce qu’elle veut, comme les mouvements de la vie.

En conclusion, ma démarche s’inscrit dans cette recherche d’équilibre entre l’encre et la lumière, entre le visible et l’invisible, entre ce qui se montre et ce qui se devine. Des fragments de perception. Une invitation à projeter son propre imaginaire, à compléter ce qui manque, à trouver son propre sens. Une quête d’harmonie imparfaite, semblable à celle de la vie elle-même.

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